La décolonisation et l’affaire algérienne

La communauté franco-africaine

L’appel au général de Gaulle en mai 1958 résulte avant tout de l’incapacité de la IVe République à faire face aux enjeux de la décolonisation. La défaite en Indochine (1946-1954) avait traumatisé l’opinion publique, qui voyait dans l’Empire un moyen de pérenniser le rôle de nation majeure de la France, et les autonomies garanties à la Tunisie (1954) par Pierre Mendès France et au Maroc (1955) par Edgar Faure, suivies d’une rapide accession à l’indépendance pour ces deux pays, avaient contribué à crisper encore le débat sur la décolonisation.

Pour le général de Gaulle, l’avènement de la Ve République, et les marges de manœuvre que celle-ci offre aux gouvernements, sont indispensables pour régler des enjeux aussi lourds.

Une tournée de 20.000 kilomètres en 9 jours. Tchad, Congo-Brazzaville, Côte d’Ivoire, Guinée, Madagascar, Sénégal et Algérie. En ce mois d’août, trois mois après être revenu aux affaires, le Général réalise une tournée africaine afin de convaincre les populations d’adhérer à son projet de nouvelle constitution. Ce voyage, titre en Une Le Figaro, suscite un «enthousiasme indescriptible».

La une du quotidien « Le Figaro »

On peut ainsi remarquer que le férendum sur la Constitution de septembre 1958 porte aussi sur la création d’une communauté franco-africaine : les pays d’Afrique sub-saharienne, dont les dirigeants, comme Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire ou Léopold Sédar Senghor, ont été formés par le système politique français, choisissent alors à une large majorité d’appartenir à une communauté avec le France, et sont libres de prendre leur indépendance. Seule la Guinée de Sékou Touré rejette ce cadre en septembre 1958, accédant immédiatement à l’indépendance. En revanche, les autres composantes de la Communauté y accèdent progressivement entre 1959 et 1960.

28 septembre 1958 : le projet de Constitution est approuvé par 79,2% des suffrages exprimés en métropole, plus de 96% en Algérie, 93% dans les départements et territoires d’outre-mer, sauf en Guinée qui a voté « non « 

L’indépendance de l’Algérie

Dès son « retour aux affaires », le général de Gaulle se rend à plusieurs reprises en Algérie et recherche les moyens d’inclure l’Algérie dans la communauté Franco-africaine qui vient d’être validée par le référendum constitutionnel.

Depuis le commencement de l’année 1959, la pacification militaire s’est poursuivie en Algérie sous le commandement du général Challe. La mise en œuvre du plan de développement économique et social, défini le 3 octobre 1958 à Constantine par le général de Gaulle, s’opère sous l’impulsion de M. Paul Delouvrier, Délégué général du gouvernement en Algérie. Mais aucun progrès n’a été accompli dans l’ordre d’une solution politique, la majorité des Européens d’Algérie réclamant l' »intégration », alors que les chefs de l’insurrection revendiquent l’indépendance. Le général de Gaulle prononce un discours radiotélévisé le 16 septembre 59 par lequel il énonce le principe fondamental de sa politique à l’égard de l’Algérie : celui de l’autodétermination

Le Général y précise :
« Le 28 septembre dernier, les Algériens ont, par référendum, adopté la Constitution et marqué leur intention que leur avenir se fasse avec la France. Le 30 novembre, ils ont élu leurs députés ; le 19 avril, leurs Conseils municipaux ; le 31 mai, leurs sénateurs. » Et il poursuit : « …la Communauté est fondée, entre la France, onze États d’Afrique et la République malgache. Enfin, au milieu d’un monde où il s’agit tout à la fois de sauvegarder la liberté et de maintenir la paix, notre voix est écoutée. … Pourtant, devant la France, un problème difficile et sanglant reste posé : celui de l’Algérie. Il nous faut le résoudre. Nous ne le ferons certainement pas en nous jetant les uns aux autres à la face les slogans stériles et simplistes de ceux-ci ou bien de ceux-là qu’obnubilent, en sens opposé, leurs intérêts, leurs passions, leurs chimères. Nous le ferons comme une grande nation et par la seule voie qui vaille, je veux dire par le libre choix que les Algériens eux-mêmes voudront faire de leur avenir. ».

Puis l’Assemblée nationale approuve par 441 voix contre 23 et 28 abstentions.

Le 28 octobre suivant, le Général adresse un message à l’armée en Algérie dans lequel il explique la nécessité de l’autodétermination.

« … Sous ma responsabilité et en connaissance de cause, j’ai fixé ce que doit être notre action en Algérie… Plus tard, … il s’agira d’assurer la liberté et la dignité de la consultation par laquelle les Algériens décideront eux-mêmes de leur destin dans des conditions qui seront élaborées et précisées en temps utile. Il sera alors essentiel que ce choix soit complètement libre, faute de quoi le problème ne serait pas vraiment résolu et la France veut qu’il le soit. »

Du 24 janvier au 2 février 1960, les pro-Algérie française créé le chaos.
C’est la semaine des barricades à Alger en faveur de l’ « Algérie française ».

Dans un discours télévisé le 29 janvier, le Général de Gaulle condamne le « mauvais coup » porté à la France par les insurgés d’Alger et s’engage à rétablir l’ordre public à Alger.

« …j’ai pris au nom de la France la décision que voici : les Algériens disposeront librement de leur destin… » et Pour répondre aux évènements qui viennent de se dérouler à Alger, le Général est ferme :  » pour imposer à la France, à l’État, à moi-même leurs prétentions, certains à Alger sont entrés en insurrection. Ils ont tiré sur le service d’ordre. Ils ont tué de bons soldats. Ils se dressent en armes contre l’autorité de la France. ». (Lire son discours ICI)

Le 8 janvier 1961 se déroule le Référendum sur l’autodétermination de l’Algérie :75,26% de oui.
A la suite de quoi, le 16 janvier suivant, le Front de Libération National Algérien (FLNA) se déclare prêt à ouvrir des négociations avec le gouvernement français. Le 22 avril., refusant le référendum du 8 janvier, les généraux Challe, Salan, Jouhaud et Zeller tentent de prendre le pouvoir à Alger en instituant illégalement un « haut-commandement ». Ils doivent y renoncer au bout de 4 jours.

Naissance de l’Organisation Armée Secrète (OAS), regroupant les partisans d’une action violente contre l’indépendance de l’Algérie. (Attentats quotidiens en métropole et en Algérie particulièrement nombreux en avril et août).

Le putsch des généraux. Les dernières heures de l’Algérie française

De 1960 à 1962 c’est l’Algérie pluriethnique qu’on assassine. L’objectif des extrémistes, c’est contraindre le général de Gaulle au départ. Grossière erreur de jugement ; le Général n’appartient pas à la race des hommes d’État frileux.

En ce 24 janvier 1960, Alger présente son visage des mauvais jours. Le « Front National Français » de Jo Ortiz, le cafetier du Forum, décrète la grève générale. Officiellement il s’agit de protester contre le rappel du général Massu, considéré comme le plus sûr garant de l’Algérie Française. En réalité, le patron des unités territoriales (les « UT ») veut rallier l’armée à sa cause.

Dès 15 h 00, des jeunes gens dépavent la rue Charles-Péguy et montent une barricade. Une foule immense envahit le plateau des Glières. On veut congratuler les 2000 « UT » d’Ortiz et les 500 volontaires regroupés autour de Lagaillarde dans l’université transformée en bunker. Un peu après 18 h 00, les gendarmes mobiles, descendant les escaliers du Forum pour dégager le centre, se font tirer à vue et ripostent pour se dégager. Pour la première fois en Algérie, des Français ont pris pour cibles d’autres Français. Lourd bilan : 14 morts et 125 blessés pour les forces de l’ordre, 6 morts et 24 blessés chez les manifestants.

Dès le lendemain, le mauvais folklore cocardier reprend ses droits. De Gaulle y met un point final en prononçant l’un de ses plus grands discours (29 janvier 1960) : « Eh bien, mon cher et vieux pays, nous voici donc ensemble une nouvelle fois face à une lourde épreuve. En vertu du mandat que la peuple m’a donné et de la légitimité nationale que j’incarne depuis vingt ans, je demande à tous et à toutes de me soutenir quoi qu’il arrive » Si de Gaulle cédait aux coupables qui rêvent d’être des usurpateurs, « la France ne serait plus qu’un pauvre jouet disloqué sur l’océan des aventures ». Tout est dit. Les hommes de Lagaillarde se rendent « avec les honneurs ».

Le 20 avril 1961, les généraux Challe et Zeller embarquent clandestinement dans un « Nord 2500 » dont la destination est Blida dans la Mitidja. Le général Jouhaud, seul pied-noir du pronunciamento se trouve déjà sur place. La présence de Maurice Challe à la tête de la conjuration étonne d’autant plus qu’il est particulièrement attaché aux valeurs républicaines.

Le 22 avril, les généraux Challe, Salan, Zeller et Jouhaud, avec l’appui du 1er régiment de parachutistes, commettent un coup de force à Alger. Les putschistes contrôlent Alger. Morin et Cambiez, placés à la tête de l’Algérie par de Gaulle, sont mis aux arrêts.

Le 23 avril, de Gaulle décide d’assumer les pleins pouvoirs prévus par l’article 16 de la Constitution. Il en informe la Nation dans une intervention télévisée : « :… Un pouvoir insurrectionnel s’est établi en Algérie par un pronunciamiento militaire. Les coupables de l’usurpation ont exploité la passion des cadres de certaines unités spéciales, l’adhésion enflammée d’une partie de la population de souche européenne, égarée de crainte et de mythes, l’impuissance des responsables submergés par la conjuration militaire. Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite ; il a une réalité : un groupe d’officiers partisans, ambitieux et fanatiques. »

La fin des hostilités en Algérie

18 mars 1962.  L’Accord d’Évian entre les représentants du gouvernement français et du Front de Libération National Algérien proclame le cessez-le-feu.

27 mars. Constitution à Alger d’un exécutif provisoire algérien.

8 avril. Le peuple français approuve par référendum les accord d’Evian par une majorité de plus de 90% des suffrages exprimés.

3 juillet. Le Général de Gaulle préside à l’Élysée le Conseil Supérieur de la Magistrature. La France reconnaît l’indépendance de l’Algérie et le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA)