La France est veuve

10 novembre 1970, 11 heures.

La Une de « France Soir » est visible de loin : « De Gaulle est mort ». Un an et demi après son retrait de la vie politique. La France est en deuil.

À 13 heures, au journal télévisé, le Président Pompidou rend un premier hommage :

« Françaises, Français, le général de Gaulle est mort, la France est veuve. En 1940, de Gaulle a sauvé l’honneur, en 1944, il nous a conduits à la Libération et à la victoire, en 1958, il nous a épargnés la guerre civile, il a donné à la France actuelle ses institutions, son indépendance, sa place dans le monde. En cette heure de deuil pour la Patrie, inclinons-nous devant la douleur de Mme de Gaulle, de ses enfants, de ses petits-enfants. Mesurons les devoirs que nous impose la reconnaissance. Promettons à la France de n’être pas indigne des leçons qui nous ont été dispensées et que, dans l’âme nationale, De Gaulle vive éternellement ».

Georges Pompidou

À Colombey et dans toute la France, un hommage au « plus illustre des Français ».

Le 12 novembre, à Colombey-les-Deux-Eglises, comme l’avait souhaité le général de Gaulle, « des hommes et des femmes de France et d’autres pays du monde » se sont amassés dans les ruelles de ce village de 400 âmes pour rendre « au plus illustre des Français » un dernier hommage.

Émotions, sanglots, silence respectueux. La France est veuve.

Le half-track sur lequel le cercueil drapé du drapeau tricolore a été hissé sort de la Boisserie en direction de l’église et du cimetière qui l’entoure.

Dans les voitures qui suivent le cortège, ont pris place Madame de Gaulle, ses enfants et petits-enfants, ses collaborateurs et amis intimes.

Un détachement de chacune des trois armes qui composent nos forces militaires, ainsi qu’un bataillon de la Gendarmerie lui font une haie d’honneur.

Au terme de cet impressionnant cheminement vers sa dernière demeure, le cercueil est porté par douze jeunes Colombéens jusqu’au bas de l’autel de l’église bien trop petite pour accueillir la foule immense de près de 100 000 personnes. Il est 15 heures. Dans toute la France, le glas sonne au même moment.

Grâce aux haut-parleurs installés la veille dans le centre du village, tous pourront suivre le déroulement de l’office célébré conjointement par l’Évêque de Langres Mgr Atton, le curé de la paroisse et un des neveux du Général.

Puis le cercueil est déposé dans le caveau familial où repose depuis 1948 Anne la fille d’Yvonne et Charles de Gaulle.

Comme il l’avait intimé dans son testament, l’inscription sur la tombe est simple : « Charles de Gaulle 1890-1970. »

Je veux que mes obsèques aient lieu à Colombey les Deux Églises. Si je meurs ailleurs il faudra transporter mon corps chez moi, sans la moindre cérémonie publique. Ma tombe sera celle où repose déjà ma fille Anne et où reposera ma femme. Inscription : Charles de Gaulle (1890-…). Rien d’autre.
La Cérémonie sera réglée par mon fils, ma fille, mon gendre, ma belle-fille, aidé par mon cabinet, de telle sorte qu’elle soit extrêmement simple. Je ne veux pas d’obsèques nationales. Ni président, ni ministres, ni bureaux d’assemblées, ni corps constitués.
Seules les armées Françaises pourront participer officiellement, en tant que telles ; mais leur participation devra être de dimensions très modestes, sans musique, ni fanfare, ni sonneries. Aucun discours ne devra être prononcé, ni à l’église, ni ailleurs. Pas d’oraison funèbre au Parlement.
Aucun emplacement réservé pendant la cérémonie, sinon à ma famille, à mes compagnons membres de l’ordre de la Libération, au Conseil Municipal de Colombey.
Les hommes et les femmes de France et d’autres pays du monde pourront, s’ils le désirent, faire à ma mémoire l’honneur d’accompagner mon corps jusqu’à sa dernière demeure. Mais c’est dans le silence que je souhaite qu’il y soit conduit.
Je déclare refuser d’avance toute distinction, promotion, dignité, citation, déclaration, qu’elle soit française ou étrangère.
Si l’une quelconque m’était décernée, ce serait en violation de mes dernières volontés.

Charles de Gaulle — 16 janvier 1952

Un moment historique

Ce même jour, le Paris officiel et une immense foule se massent à Notre-Dame de Paris. Chefs d’États, Monarques et Princes adressent un solennel adieu à Charles de Gaulle.
La messe célébrée par Mgr Marty en présence du Président Pompidou, de son Gouvernement et de 80 chefs d’État étrangers : Nixon[1], Gandhi[2], Ben Gourion[3], Macmillan, etc. respecte également le souhait du Général : sobriété et dignité. Minute de silence émouvante. Plus de 100 000 personnes se tassent sur le parvis. Hommes de toutes races, de tout âge, jeunes et même très jeunes sont présents car ils savent qu’une page d’Histoire se tourne ce jour.

J’y étais

Dans la soirée, sur les Champs-Élysées, plusieurs centaines de milliers de personnes défilent sous une pluie glaciale. Je[4] suis présent, perdu dans cette foule immense. J’ai froid, mais je ne suis pas seul. Les larmes des hommes et femmes les plus sensibles se mêlent aux miennes.


[1] Richard Nixon (1913-1994) Président des États-Unis de 1969 à 1974.
[2] Mohandas Karamchand Gandhi. (1869-1948) Homme politique et guide spirituel indien.
[3] David Ben Gourion (1886-1973) Fondateur de l’État d’Israël, dont il est Premier ministre de 1948 à 1953 et de 1955 à 1963.
[4] Je : Alain Kerhervé

Un alibi contre le remords après le référendum de 1969

Pour terminer cette dernière page de Charles de Gaulle Président de la République , il convient de situer le niveau d’engagement du Général pour le référendum d’avril 69 et de mettre un terme à l’idée que ce référendum n’était rien d’autre qu’un scénario de sortie à la hauteur de l’homme du 18 juin.

Pour certaines élites politiques, y compris dans son entourage, c’est le scénario facile, celui qui pourrait les dédouaner de leur double jeu et d’avoir parié sur la défaite du Général pour féconder au mieux leur « carrière ».
Bien plus tard, Maurice Couve de Murville, dernier Premier ministre du Général, confiait que « la version du référendum-suicide est venu très largement après coup ».

Et Jean-Marcel Jeanneney de mettre les points sur les i : « Il est probable qu’en propageant cette version après coup, des gens qui passaient pour des partisans du général de Gaulle mais qui en fait l’avaient trahi avant le référendum ont voulu se donner à leurs propres yeux un alibi contre le remords ».*

La « Participation » avant ses 80 ans.

Cette soi-disant sortie-suicide du Général n’a d’ailleurs aucun sens. Il suffit pour s’en convaincre de rappeler qu’avant ce référendum, le chef de l’État voulait aller très vite sur le dossier concernant la « participation », thème qui, contrairement à la régionalisation et la réforme du sénat, ne figurait pas dans les textes soumis à l’approbation des Français pour des raisons purement constitutionnelles, ce sujet ne pouvant faire l’objet que d’une loi.

C’est ainsi que le Gouvernement de Couve de Murville avait pour mission de préparer les textes suffisamment en amont du référendum pour que dès le lendemain soient prévus la discussion et le vote d’une loi sur ce sujet.

Le remplaçant de Pompidou à Matignon l’admet en 1976 : « Autant que je me rappelle, le général de Gaulle avait l’intention (il m’en avait parlé avant le référendum) de mettre en discussion au parlement – dont la session devait reprendre normalement après le scrutin – un projet de réforme des sociétés et du régime de gestion des entreprises ».

Quant à Maurice Schumann, alors ministre du travail, il confirme : « Le Général m’a demandé de la façon la plus claire de préparer un projet de loi sur la participation dans l’entreprise. Il estimait que le succès électoral de 68 n’avait un sens que s’il ouvrait en 69 l’ère des vraies réformes ».

Anne et Pierre Rouanet en précisent, dans leur ouvrage, les dispositions.

Tout d’abord le Général veut un texte complet dont l’application devait être immédiate sans besoin de décrets interprétatifs d’application.

Les articles de ce projet sont déjà rédigés au moment du référendum. De Gaulle veut aller vite et loin.

L’article 1 détermine le champ d’application : toutes les entreprises, privées ou publiques de plus de 100 salariés… et institue des « délégués à la participation » élus (Article 2) par les salariés de l’entreprise au scrutin secret et uninominal à un tour, tout salarié pouvant être candidat.

Ainsi, ce texte sépare bien le rôle revendicatif des organisations syndicales de celui de représentant des salariés pour « gérer la participation ». C’est aussi un pas vers la suppression du monopole de candidatures accordé aux seuls syndicats dits représentatifs.

Les articles 5 et 6 déterminent les principes de la négociation du « contrat de participation » et le processus de validation par le personnel.

Les articles suivants traitent de l’information due aux salariés concernant la vie de l’entreprise (Production, volume de fabrication, ventes, comptes d’exploitation, les bilans financiers…). Le Comité de participation pourra émettre des avis qui seront communiqués à l’ensemble du personnel… En fait, ce comité aura tous les moyens pour « participer » à la vie de l’entreprise, dans tous les domaines, avec le souci d’intéresser l’ensemble des salariés à l’avenir de l’outil de travail. Toutes les observations et suggestions de sa part « doivent faire l’objet d’une réponse motivée du chef d’entreprise sur la suite pouvant leur être réservée » prévoit l’article 12.

La formation économique des représentants du personnel sera organisée par l’entreprise ** (technique de gestion notamment) et le personnel initié aux problèmes économiques.

La négociation et la validation des accords d’intéressement (application des ordonnances 59 et 67), ainsi que leur application deviennent des prérogatives du Comité de participation (Article 14).

Ce projet révolutionnaire avait de quoi effaroucher syndicats et patrons. Mais avant le référendum du 27 avril, les salariés-électeurs ne connaissent pas ce projet. « Les ministres n’ont pas relayé le Général. Ils sont allés au référendum sans mener campagne. Ils ont eu peur de perdre plus du côté conservateur qu’ils n’auraient gagné du côté progressiste. À ce calcul-là ils ont perdu sur les deux tableaux » concluent Anne et Pierre Rouanet.


Les trois derniers chagrins du général de Gaulle » d’Anne et Pierre Rouanet.

**Ou par le Conseil national de la Participation créé par cette loi (Article 18).

Le droit de vote accordé aux femmes

« Une fois l’ennemi chassée du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l’Assemblée nationale qui décidera souverainement des destinées du pays »

De Gaulle, dans les journaux clandestins pendant l’occupation Nazie .

L’ordonnance du 21 avril 1944 portant « organisation des pouvoirs publics en France après la Libération » établit le fonctionnement du Gouvernement provisoire de la République française (En remplacement du CFLN[1]) que préside le général de Gaulle.

Son l’article 17 décrète : « les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes. »

Une volonté de Charles de Gaulle…

Le 23 juin 1942, dans une déclaration rendue publique en France dans les journaux clandestins, le Chef de la France Libre annonçait « qu’une fois l’ennemi chassée du territoire, tous les hommes et toutes les femmes de chez nous éliront l’Assemblée nationale qui décidera souverainement des destinées du pays ». Une semaine avant le vote définitif de cette disposition, le Général confirmait que le nouveau régime « doit comporter une représentation élue par tous les hommes et toutes les femmes de chez nous »[2].

La question du vote des femmes fut posée au mois de mars 1944 à l’Assemblée consultative par le député communiste Fernand Grenier. Se référant aux déclarations du général de Gaulle pendant la guerre, il souhaitait que soit reconnu le droit de vote et d’éligibilité des femmes « afin que nous lui manifestions notre solidarité et notre volonté de ne plus la traiter en mineure, en inférieure ». Le 24 mars, l’Assemblée consultative siégeant à Alger adopte le principe du droit de vote des femmes par 51 voix « pour » et 16 voix « contre ».

Il convient aussi de rappeler l’appui du syndicaliste chrétien Robert Prigent et celui particulièrement appréciable de Louis Vallon (Gaulliste de gauche) qui fait basculer le débat dans ce sens en contrecarrant les quelques opposants : « Je retrouve les traditions de l’ancien parlement français dans tout ce qu’elles avaient de plus détestables. A maintes reprises, le parlement s’est prononcé à la quasi-unanimité en faveur du vote des femmes, mais à chaque fois, l’on s’est arrangé par des arguments de procédure pour que la réforme n’aboutisse pas ».

Le rôle important des femmes dans la résistance a été un élément déclencheur. « Avec qui ferait-on la noblesse d’un peuple sinon avec celles qui la lui ont donnée » disait d’ailleurs André Malraux des héroïnes de la résistance[3].

Les premiers votes des femmes

Il a lieu les 29 avril et 13 mai 1945 pour l’installation des nouvelles municipalités. 3% des conseillers municipaux sont des femmes. Ainsi, Odette Roux, 28 ans, est élue Maire des Sables-d’Olonne, mais également Pierrette Petitot[4] à Villetaneuse. A Echigey (Côte d’Or), tous les membres du nouveau conseil municipal sont des femmes. Madelaine Ainoc dirige cette municipalité. Les actualités filmées avaient à l’époque consacré un reportage à « Échigey, symbole éclatant de la supériorité féminine, (…) une municipalité en jupons, où les conseillers étaient des conseillères. »

En octobre 1945, 33 femmes (soit 5,6%) sont élues à l’Assemblée constituante sur les 586 sièges à pourvoir. Parmi ces femmes députées, on trouve Marie-Madeleine Dienesch, gaulliste ; Elle siègera jusqu’en 1981. Mais également Madeleine Léo-Lagrange, épouse de Léo Lagrange, SFIO et Jeannette Vermeersch, épouse de Maurice Thorez, PCF.

Le droit de vote des femmes a aussitôt d’autres répercussions pour la gente féminine. Sous l’autorité du général de Gaulle, Michel Debré créé l’ENA (École nationale d’Administration), patente nécessité tant l’État doit être totalement rétabli dans ses prérogatives et responsabilités.

Dans ses mémoires (Tome 1), Michel Debré, alors membre du Cabinet du Général, fait un constat alarmant : « À l’époque de la Libération, les femmes n’étaient encore admises que dans la modeste fonction publique ». Ainsi, l’ENA est ouverte aux femmes : « je leur ai permis d’accéder au Conseil d’État, à la Cour des comptes, au Corps préfectoral, aux Corps d’inspection, notamment des finances, à la diplomatie ». Il faudra néanmoins attendre les années 2010 pour que les femmes représentent 45% d’une promotion.

Michel Debré souligne que chacune de ces décisions « a rencontré des oppositions ». « Ainsi, précise-t-il, ai-je dissimulé mon intention d’ouvrir Polytechnique aux candidates jusqu’au matin du Conseil des ministres à qui j’ai fait prendre la décision ».

La détermination de Michel Debré à promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes se reflétera, une nouvelle fois, certes de manière prudente, lorsqu’il deviendra le premier « Premier ministre » de la Ve République. A son initiative, une femme entre au gouvernement : Nefissa Sid Cara[5] restera Secrétaire d’État jusqu’à l’indépendance de l’Algérie en 1962.

Dans son dernier livre[6], Jean-Louis Debré après avoir quitté la Présidence du Conseil constitutionnel, le rappelle : « Au nom de la dignité de la femme et de l’égalité entre hommes et femmes, elle s’est adressée à ses sœurs algériennes pour les inciter à cesser de porter le voile ».  Déjà les extrémistes musulmans s’opposèrent à cette jeune algérienne moderne qui symbolisait « une ardente volonté de transformation de la société algérienne, notamment en faveur des femmes musulmanes ». Ainsi, précise Jean-Louis Debré, l’ordonnance du 4 février 1959 sur la condition des femmes musulmanes impose le consentement libre et volontaire des deux époux pour que le mariage puisse être validé. Elle est signée conjointement par Michel Debré et Nafissa Sid Cara

[1] Comité français de la Libération nationale

[2] « Les femmes et la république » de William Guéraiche.

[3] « Les femmes dans la résistance en France » de Christine Levisse-Touzé, historienne française, spécialiste de la France pendant la Seconde Guerre mondiale.

[4] Résistante, membre du PCF, elle sera élue jusqu’en 1977.

[5] Nafissa Sid Cara (1910 – 2002). Elle incite à un islam républicain compatible avec les lois de la République, et est partisane de l’émancipation de la femme musulmane.

[6] « Ce que je ne pouvais pas dire » chez Robert Laffont – 2016

Sa jeunesse, puis la grande guerre

Charles, André, Joseph-Marie de Gaulle nait le 22 novembre 1890 à Lille. Il est le fils de Henri, Charles, Alexandre de Gaulle, professeur de lettres, et de son épouse, née Jeanne, Caroline, Marie Maillot. L’accouchement a eu lieu dans la demeure familiale de la rue Princesse.

Pour marraine, ses parents lui ont désigné sa tante Lucie Maillot. Son parrain n’est autre que son oncle Gustave de Corbie, éminent professeur à la faculté de Lille. C’est le père Isaïe Richard qui a baptisé Charles dans son église baroque, sur des fonts baptismaux de marbre surmontés d’un couvercle où vient perfidement s’enrouler un serpent.

En 1899, la famille de Gaulle s’installe rue de Staël. Charles découvre l’électricité et l’ascenseur. Il le prend seul et se fait gronder.

Le 16 mai 1901, Charles de Gaulle fait sa première communion à la chapelle de l’Immaculée Conception, rue de Vaugirard à Paris.

En  juillet 1906, lors de la distribution des prix au collège de l’Immaculée Conception, l’élève Charles de Gaulle est cité 10 fois. Il obtient 6 premiers prix, 1 deuxième prix et 3 accessits. A Paris, en octobre 1908, Charles de Gaulle entre au collège Stanislas dit « Stan », en classe préparatoire à Saint-Cyr.

La Chapelle-Montligeon, 1906

Voici à peine un an que Charles de Gaulle s’est mis à écrire pour son plaisir, et le voilà déjà publié sous le pseudonyme « Lagule« . Il n’a pas seize ans ! La lecture du premier de ses textes, long d’une vingtaine de pages, a été réservée à quelques-uns de ses camarades de classe. Il s’agit d’une nouvelle de politique-fiction où il s’imagine, en 1930, en général de l’armée française commandant une force de 200 000 hommes levée pour défendre la France envahie par l’Allemagne. Celui qui vient d’être édité est d’une autre nature. Écrite en alexandrins, cette petite pièce, intitulée « Une mauvaise rencontre« , met aux prises un bourgeois et un brigand. Elle a été jugée si plaisante par le jury d’un concours littéraire lillois que le lauréat a eu le choix entre 25 francs et la publication. C’est cette dernière qu’il a choisie !

Saint-Cyr

Reçu à Saint-cyr en août 1909, Charles de Gaulle doit faire d’abord, selon le nouveau règlement, un an de service militaire. A l’école, où il entre le 1er octobre 1910, il ne passe pas inaperçu. « Le grand Charles » a déjà sa légende ; on le croit fier ; on ne sait pas qu’il est timide. Il se montre à la fois laborieux, discret et distant, emporté bien que maître de soi. Le 1er octobre 1912, il sort de Saint-Cyr avec le grade de sous-lieutenant. Il entre au 33e régiment d’infanterie, à Arras, sous le commandement du colonel Pétain.

Quelle progression ! Entré 119e sur 121, Charles de Gaulle quitte ce soir Saint-Cyr au 13e rang avec le grade de sous-lieutenant. Le major est un certain Alphonse Juin. Le jugement de ses supérieurs est élogieux, plus que celui de ses camarades qui l’ont souvent raillé pour sa taille (1,87 m) et son allure hautaine. Quand les plus aimables le surnommaient « Asperge », les moins bien disposés le traitaient de «dindon» ou de «sot-en-hauteur»… Mais pour la hiérarchie, rien de tel. Sa conduite est «irréprochable », son attitude «très belle », son intelligence « très vive» et son zèle « très soutenu ». Quant à son esprit militaire, il est « très développé ». Bilan : il « fera un excellent officier ».
Seules faiblesses : l’équitation, où il ne dépasse pas la moyenne, et le tir, où il n’obtient que 8,6 sur 20… Son classement lui a déjà permis de choisir son arme : ce sera l’infanterie.

Arras, novembre 1912

Le sous-lieutenant de Gaulle est donc de retour à Arras. Durant son absence, le 33e RI a changé de commandement. C’est le colonel Pétain qui, il y a quelques jours, l’a reçu à la caserne : « Je vous souhaite la bienvenue dans l’armée. Vous êtes affecté à la 6e compagnie, celle du capitaine Salicetti. » Âgé de 56 ans, le regard clair, le colonel Pétain est auréolé d’un grand prestige. Le sous-lieutenant de Gaulle n’ignore pas qu’il y a quelques mois, à un émissaire du ministère des Armée qui lui demandait de lui fournir le nom de ses officiers qui allaient à la messe, le colonel avait répondu sans crainte :  » M’y tenant au premier rang, je n’ai pas l’habitude de me retourner…  » Pour l’heure, le sous-lieutenant de Gaulle s’affaire à recueillir les recrues. Objectif : leur inculquer « l’esprit d’offensive ».

La grande guerre 14-18

Quand survient la guerre, Charles de Gaulle, qui n’a pas vingt-quatre ans, est déjà lieutenant. Le 1er août 1914, il reçoit sa première blessure devant Dinan ; le 20 janvier 1915, il est cité à l’ordre de la 2e division. Nous le retrouvons, sitôt rétabli, sur le front de Champagne où le lieutenant-colonel Claudel, frappé de sa valeur, le choisit comme adjoint. Là, le 15 mars 1915, Charles de Gaulle, à peine guéri de ses blessures, est nommé capitaine à titre définitif. Le 33e occupe alors la « Ferme du Choléra » (cote 108), près de Berry-au-Bac, où sa bravoure devient légendaire. Le 30 octobre 1915, il obtient d’être appelé au commandement de la 10e compagnie. En février 1916, le 1er corps d’armée est envoyé à Verdun. Le lieutenant-colonel Boudhors écrit alors : « Le 33e a été splendide devant Douaumont, il ne le doit à son colonel qu’en raison de la clairvoyance du capitaine de la 10e compagnie. »

Le 2 mars 1916, la 10e compagnie est presque entièrement anéantie : après un bombardement meurtrier de Douaumont, les rares survivants sont faits prisonniers. Le capitaine de Gaulle se trouve lui-même dans la mêlée : il a la cuisse percée par un coup de baïonnette. Ramassé par une patrouille ennemie, il est conduit en captivité dans un camp d’Allemagne. La conduite héroïque du capitaine de Gaulle avait eu des témoins : le général Pétain lui décernait la citation suivante : « Le capitaine de Gaulle, commandant de compagnie, réputé pour sa haute valeur intellectuelle et morale, alors que son bataillon, subissant un effroyable bombardement, était décimé et que les ennemis atteignaient la compagnie de tous côtés, a enlevé ses hommes dans un assaut furieux et un corps-à-corps farouche, seule solution qu’il jugeait compatible avec son sentiment de l’honneur militaire. Est tombé dans la mêlée. Officier hors de pair à tous égards. »

Prisonnier, Charles de Gaulle n’est pas homme à demeurer dans l’oisiveté. Il lit, perfectionne son allemand, mais ne se console pas d’être éloigné du front. A cinq reprises, ses tentatives d’évasion lui valent la forteresse et le camp de représailles. Il parvient un jour à creuser sous terre un tunnel : le voici en pleine campagne ; sa taille le désigne, hélas ! à l’attention : il est repris par ses gardes et interné à Ingolstadt, en Bavière, dans la citadelle du Fort IX réservée aux irréductibles. Il a pour compagnons le commandant Catroux, Rémy Roure et le futur maréchal Toukhatchevsky. Au tableau noir, Charles de Gaulle parle de l’offensive de Champagne de 1915 et montre les difficultés d’une percée. Le jeune capitaine cherche le secret des offensives, l’emploi rationnel des chars blindés, dont il sera un jour le théoricien. Toukhatchevsky l’écoute. Quatre années plus tard, Charles de Gaulle se trouvera aux côtés de Weygand, devant Varsovie, en face de l’Armée Rouge sous les ordres du même Toukhatchevsky, général en chef de vingt-six ans.

Vient l’armistice : Le capitaine de Gaulle, libéré, rentre parmi les siens, en Dordogne. Pour peu de temps. En mai 1919, nous le retrouvons en Pologne : il a obtenu d’être affecté à la 5e division des chasseurs polonais, organisée en France, à Sillé-le-Guillaume. Au cours de la défense de Varsovie, en 1920, il est cité à l’ordre du jour par Weygand : c’est sa quatrième citation. En octobre 1921, il est rappelé en France afin d’y enseigner, à Saint-Cyr, en qualité d’adjoint, l’histoire militaire.

Charles de Gaulle à l’école supérieure de guerre

1924 marque un double événement dans la carrière du capitaine de Gaulle : la publication de son premier ouvrage « La discorde chez l’ennemi », fruit de la méditation mûrie au fort IX d’Ingolstadt (1916) coïncide avec sa sortie de l’école supérieure de Guerre, dont les professeurs se piquent de psychologie autant que de science militaire. La première année de stage, de Gaulle est noté ainsi : « Intelligence très vive, culture générale très étendue, de la facilité, voit juste sur le terrain, donne des ordres clairs, a de la décision, très travailleur.
« Personnalité très développée, grosse confiance en soi. Doit arriver à d’excellents résultats s’il se livre avec un peu plus de bonne grâce et s’il consent plus facilement à se laisser discuter. A très bien réussi dans toutes les branches de l’armée ».

La seconde année, à l’issue d’un voyage d’état-major de la promotion, le dossier militaire de Charles de Gaulle reçoit au chapitre « Appréciations détaillées », les notes suivantes : « Officier intelligent, cultivé et sérieux ;du brillant et de la facilité ; très bien doué ; beaucoup d’étoffe.
« Gâte malheureusement d’incontestables qualités par son assurance excessive, sa rigueur pour les opinions des autres et son attitude de roi en exil. Paraît par ailleurs avoir plus d’aptitude pour l’étude générale et synthétique d’un problème que pour l’examen approfondi et pratique de son exécution »

« A exercé le commandement de corps d’armée pendant la première période du voyage ; y a montré de la décision, du calme et du commandement, mais aussi un jugement parfois mal assis ;a adopté des solutions peu en rapport avec la situation, l’a d’ailleurs honnêtement reconnu.

« A ultérieurement rempli correctement, mais avec un peu en marge de ses camarades, les fonctions de chef du 1er Bureau du corps d’armée et de chef d’état-major de la division – Note d’ensemble : 15,5.
Une signature figure au bas de ce document : colonel Moyrand (plus tard, général, ancien collaborateur de Joffre.), professeur de tactique générale.

Avec le recul du temps, le colonel Moyrand a commenté ces notes : « De Gaulle représentait un cas intéressant, difficile et délicat. Ses qualités se révélaient très grandes. Il était très personnel. Je le jugeais d’essence supérieure. Il se mêlait peu aux autres élèves. Il arrivait à l’amphithéâtre presque toujours solitaire. »
Dans l’ensemble, les professeurs et instructeurs de Charles de Gaulle ne tarissent pas d’éloges sur le capitaine de Gaulle : « … très travailleur… Intelligence très vive… Culture générale très étendue… » De nettes réserves s’expriment aussi : « …Incontestables qualités qu’il gâte malheureusement par une attitude un peu détachée et une certaine suffisance… »

Le capitaine de Gaulle met le colonel sur la sellette

Précisément, un incident se produit avec de Gaulle. Le voyage de fin d’études a lieu en juin 1924, dans la région de Bar-sur-Aube. Le capitaine Chauvin en retrace les péripéties : « … De Gaulle est mis sur la sellette. Il reçoit le commandement d’un corps d’armée, et nous tous, sous ses ordres, nous remplissons les fonctions de ses plus importants subordonnés : commandants de division, chef d’état-major, etc.

« Tout au long de la journée, le colonel Moyrand[1], professeur de tactique générale et directeur de l’exercice, rend vivante la manœuvre, comme il se doit, pour mettre l’impétrant en face de situations variées, l’obligeant chaque fois à prévoir des mesures et à prendre des décisions en conséquence. Notre camarade se maîtrise parfaitement, étudiant posément les problèmes, y apportant avec calme les solutions qui conviennent et les traduisant en ordres clairs, efficaces, bref, donnant la preuve de sa lucidité en même temps que son sens aigu de l’action.

« Le soir, pour la critique, nous sommes réunis dans une classe du collège de Bar. Le colonel préside du haut de la chaire, tandis que de Gaulle lui fait face, ses grandes jambes difficilement rassemblées sous un pupitre d’élève, le capitaine Châteauvieux, son chef d’état-major pour la circonstance, prenant place à ses côtés.

« Aux questions posées, au ton adopté – tout nuancé de sarcasmes et d’agressivité – il devient manifeste qu’il ne s’agit plus d’un examen, mais bien d’un procès : il faut mettre en évidence que le prévenu ne mérite pas d’indulgence et que son classement s’en ressentira…

« Plus encore que nous, de Gaulle s’en est vite avisé, mais rien dans son comportement ne le montre. Il garde tout son calme, toute sa maîtrise de soi, répondant avec mesure, expliquant avec méthode et se gardant, comme il peut craindre qu’on ne l’y pousse, de manifester quelque mauvaise humeur.

« Mais plus serein apparaît de Gaulle, plus nerveux se montre le colonel. Sa poudre est mouillée, ses chausse-trapes évitées… C’est alors que lui vient l’idée de cette dernière flèche, qui est, en fait, l’aveu de sa défaite, tant la question est dérisoire et hors de propos :
– Où sont donc les trains de combat du régiment de gauche de votre division de droite ? »Tournant à peine la tête vers son chef d’état-major :
– Châteauvieux, dit de Gaulle, veuillez répondre.
« Et le colonel, furieux :
– Mais c’est à vous que je pose la question, de Gaulle !
– Mon colonel, reprend celui-ci d’une voix égale, vous m’avez confié les responsabilités d’un commandement de corps d’armée. S’il me fallait assumer, par surcroît, celles de mes subordonnés, je n’aurais plus l’esprit assez libre pour remplir convenablement ma mission : « de minimis non curat praetor. ».. Châteauvieux, veuillez répondre au colonel.
« Ce dernier doit faire un violent effort pour dominer sa colère, puis il conclut, très sèchement :
« – C’est bien. Nous savions que vous considériez bien des tâches au-dessus de vous… Je suis maintenant fixé. »

Anticonformiste, élève rétif qui entend faire « plancher » ses propres professeurs, de Gaulle est l’homme du défi. Il ressemble toujours à un grand chêne dressé dans la forêt. Il affronte, il attire les orages. Il défend ses idées avec courage, à ses risques et périls, puisque le voyage terminal d’état-major, équivalent marginal de l’examen de sortie, a pour objet principal de permettre le classement des élèves. L’honneur échu à de Gaulle de commander un corps d’armée représente un hommage périlleux. A cet élève qui le prend de haut, l’épreuve s’élève à la dimension du ton magistral.

Pétain trouvait les critiques envers de Gaulle particulièrement sévères. Il proposera alors de rectifier la note de Charles de Gaulle. Ce qui fût fait.


[1] Moyrand est un soldat de qualité, d’une honnêteté intransigeante. Grand, mince, le nez busqué, de fière allure, de caractère un peu sombre, il ne communique pas aisément avec ses élèves. La tendance à la nervosité s’accroit lorsque le colonel rencontre des contradicteurs

L’Europe de Charles de Gaulle en 4 citations

De Gaulle conçoit l’Europe comme une construction géographique et historique incontournable. De la Seconde Guerre mondiale à son départ du pouvoir en 1969, il souhaite que les États qui la composent s’associent et coopèrent étroitement car il voit en elle un démultiplicateur de leur puissance, en particulier pour la France. Cependant, il se montre hostile aux pertes de souveraineté, possible prélude à une vassalisation américaine.

« Il y aura ou il n’y aura pas d’Europe suivant qu’un accord sans intermédiaire sera ou non possible entre Germains et Gaulois »

Bordeaux, 25 septembre 1949

« Oui c’est l’Europe, depuis l’Atlantique à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe, qui décidera du destin du monde »

Université de Strasbourg, le 22 novembre 1959

« L’Europe supranationale, c’est l’Europe sous commandement américain »

Réponse à Alain Peyrefitte

« Il ne peut y avoir d’autre Europe que celle des Etats en dehors des mythes, des fictions, des parades »

Conférence de presse du 15 mai 1962

Traité franco-allemand du 22 janvier 1963 « De Gaulle – Adenauer » signé à l’Élysée

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La déclaration commune du Président de la République française et du Chancelier de la République Fédérale d’Allemagne en date du 22 janvier 1963, sur l’organisation et les principes de la coopération entre les deux Etats, engage les dispositions suivantes :

I. – ORGANISATION

1. Les Chefs d’Etat et de Gouvernement donneront en tant que de besoin les directives nécessaires et suivront régulièrement la mise en œuvre du programme fixé ci-après. Ils se réuniront à cet effet chaque fois que cela sera nécessaire et, en principe, au moins deux fois par an.

2. Les Ministres des Affaires étrangères veilleront à l’exécution du programme dans son ensemble. Ils se réuniront au moins tous les trois mois. Sans préjudice des contacts normalement établis par la voie des ambassades, les hauts fonctionnaires des deux Ministères des Affaires étrangères, chargés respectivement des affaires politiques, économiques et culturelles, se rencontreront chaque mois alternativement à Paris et à Bonn pour faire le point sur les problèmes en cours et préparer la réunion des Ministres. D’autre part, les missions diplomatiques et les consulats des deux pays ainsi que leurs représentations permanentes auprès des organisations internationales prendront tous les contacts nécessaires sur les problèmes d’intérêt commun.

3. Des rencontres régulières auront lieu entre autorités responsables des deux pays dans les domaines de la défense, de l’éducation et de la jeunesse. Elles n’affecteront en rien le fonctionnement des organismes déjà existants – commission culturelle franco-allemande, groupe permanent d’Etat-major – dont les activités seront au contraire développées. Les Ministres des Affaires étrangères seront représentés à ces rencontres pour assurer la coordination d’ensemble de la coopération ;

a) les Ministres des Armées ou de la Défense se réuniront au moins une fois tous les trois mois. De même, le Ministre français de l’Education nationale rencontrera, suivant le même rythme, la personnalité qui sera désignée du côté allemand pour suivre le programme de coopération sur le plan culturel ;

b) les Chefs d’Etat-major des deux pays se réuniront au moins une fois tous les deux mois ; en cas d’empêchement, ils seront remplacés par leurs représentants responsables ;

c) le haut-commissaire français à la Jeunesse et aux Sports rencontrera, au moins une fois tous les deux mois, le Ministre fédéral de la Famille et de la Jeunesse ou son représentant.

4. Dans chacun des deux pays, une commission interministérielle sera chargée de suivre les problèmes de la coopération. Elle sera présidée par un haut fonctionnaire des Affaires étrangères et comprendra des représentants de toutes les administrations intéressées. Son rôle sera de coordonner l’action des ministères intéressés et de faire périodiquement un rapport à son Gouvernement sur l’état de la coopération franco-allemande. Elle aura également pour tâche de présenter toutes suggestions utiles en vue de l’exécution du programme de coopération et de son extension éventuelle à de nouveaux domaines.

II. PROGRAMME

A. – Affaires étrangères

1. Les deux Gouvernements se consulteront, avant toute décision, sur toutes les questions importantes de politique étrangère, et en premier lieu sur les questions d’intérêt commun, en vue de parvenir, autant que possible, à une position analogue. Cette consultation portera entre autres sur les sujets suivants : Problèmes relatifs aux communautés européennes et à la coopération politique européenne ; Relations Est-Ouest, à la fois sur le plan politique et sur le plan économique ; Affaires traitées au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord et des diverses organisations internationales auxquelles les deux gouvernements sont intéressés, notamment le Conseil de l’Europe, l’Union de l’Europe Occidentale, l’Organisation de coopération et de développement économique, les Nations Unies et leurs institutions spécialisées.

2. La collaboration, déjà établie dans le domaine de l’information, sera poursuivie et développée entre les services intéressés à Paris et à Bonn et entre les missions dans les pays tiers.

3. En ce qui concerne l’aide aux pays en voie de développement, les deux Gouvernements confronteront systématiquement leurs programmes en vue de maintenir une étroite coordination. Ils étudieront la possibilité d’entreprendre des réalisations en commun. Plusieurs départements ministériels étant compétents pour ces questions, du côté français comme du côté allemand, il appartiendra aux deux ministères des Affaires étrangères de déterminer ensemble les bases pratiques de cette collaboration.

4. Les deux Gouvernements étudieront en commun les moyens de renforcer leur coopération dans d’autres secteurs importants de la politique économique, tels que la politique agricole et forestière, la politique énergétique, les problèmes de communications et de transports et le développement industriel, dans le cadre du Marché commun, ainsi que la politique des crédits à l’exportation.

B. – Défense

I. Les objectifs poursuivis dans ce domaine seront les suivants : 1. Sur le plan de la stratégie et de la tactique, les autorités compétentes des deux pays s’attacheront à rapprocher leurs doctrines en vue d’aboutir à des conceptions communes. Des instituts franco-allemands de recherche opérationnelle seront créés.

2. Les échanges de personnel entre les armées seront multipliés ; ils concerneront en particulier les professeurs et les élèves des écoles d’Etat-major ; ils pourront comporter des détachements temporaires d’unités entières. Afin de faciliter ces échanges, un effort sera fait de part et d’autre pour l’enseignement pratique des langues chez les stagiaires.

3. En matière d’armements, les deux Gouvernements s’efforceront d’organiser un travail en commun dès le stade de l’élaboration des projets d’armement appropriés et de la préparation des plans de financement. A cette fin, des commissions mixtes étudieront les recherches en cours sur ces projets dans les deux pays et procéderont à leur examen comparé. Elles soumettront des propositions aux ministres qui les examineront lors de leurs rencontres trimestrielles et donneront les directives d’application nécessaires.

4. Les gouvernements mettront à l’étude les conditions dans lesquelles une collaboration franco-allemande pourra être établie dans le domaine de la défense civile.

C. – Education et Jeunesse

En matière d’éducation et de jeunesse, les propositions contenues dans les mémorandums français et allemand des 19 septembre et 8 novembre 1962 seront mises à l’étude selon les procédures indiquées plus haut :

1. Dans le domaine de l’éducation, l’effort portera principalement sur les points suivants:

a) Enseignement des langues : Les deux Gouvernements reconnaissent l’importance essentielle que revêt pour la coopération franco-allemande la connaissance dans chacun des deux pays de la langue de l’autre. Ils s’efforceront, à cette fin, de prendre des mesures concrètes en vue d’accroître le nombre des élèves allemands apprenant la langue française et celui des élèves français apprenant la langue allemande. Le Gouvernement fédéral examinera, avec les gouvernements des Länder, compétents en la matière, comment il est possible d’introduire une réglementation qui permette d’atteindre cet objectif. Dans tous les établissements d’enseignement supérieur, il conviendra d’organiser un enseignement pratique de la langue française en Allemagne et de la langue allemande en France, qui sera ouvert à tous les étudiants.

b) Problème des équivalences : Les autorités compétentes des deux pays seront invitées à accélérer l’adoption des dispositions concernant l’équivalence des périodes de scolarité, des examens, des titres et diplômes universitaires.

c) Coopération en matière de recherche scientifique : Les organismes de recherches et les instituts scientifiques développeront leurs contacts en commençant par une information réciproque plus poussée, des programmes de recherches concertées seront établis dans les disciplines où cela se révélera possible.

d)Mise en place de l’OFAJ (Office Franco-Allemand de la Jeunesse)

2. Toutes les possibilités seront offertes aux jeunes des deux pays pour resserrer les liens qui les unissent et pour renforcer leur compréhension mutuelle. Les échanges collectifs seront en particulier multipliés. Un organisme destiné à développer ces possibilités et à promouvoir les échanges sera créé par les deux pays avec, à sa tête, un conseil d’administration autonome. Cet organisme disposera d’un fonds commun franco-allemand qui servira aux échanges entre les deux pays d’écoliers, d’étudiants, de jeunes artisans et de jeunes travailleurs.

III. – DISPOSITIONS FINALES

1. Les directives nécessaires seront données dans chaque pays pour la mise en œuvre immédiate de ce qui précède. Les Ministres des Affaires étrangères feront le point des réalisations acquises à chacune de leurs rencontres.

2. Les deux Gouvernements tiendront les Gouvernements des autres Etats membres des Communautés européennes informés du développement de la coopération franco-allemande.

3. A l’exception des clauses concernant la défense, le présent Traité s’appliquera également au Land de Berlin, sauf déclaration contraire faite par le Gouvernement de la République fédérale d’Allemagne au Gouvernement de la République française dans les trois mois qui suivront l’entrée en vigueur du présent Traité.

4. Les deux Gouvernements pourront apporter les aménagements qui se révèleraient désirables pour la mise en application du présent Traité.

5. Le présent Traité entrera en vigueur dès que chacun des deux Gouvernements aura fait savoir à l’autre que, sur le plan interne, les conditions nécessaires à sa mise en œuvre ont été remplies.

Fait à Paris, le 22 janvier 1963, en double exemplaire, en langue française et en langue allemande, les deux textes faisant également foi.

Le Président de la République française, Charles de GAULLE,

Le Premier Ministre français, Georges POMPIDOU

Le Ministre français des Affaires étrangères, Maurice COUVE de MURVILLE

Le Chancelier de la République fédérale d’Allemagne, Konrad ADENAUER

Le Ministre fédéral des Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne, Gerhard SCHROEDER

De Gaulle et le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

De la liberté des nations à la fraternité universelle

par Raphaël DARGENT

De référendums en dissolutions, du discours de Brazzaville à l’indépendance de l’Algérie, la politique de Charles de Gaulle obéit à un principe directeur : la souveraineté nationale et populaire. Ainsi, loin de tout césarisme ou de nostalgie de l’Empire français, le Général apparaît-il comme un authentique démocrate et un homme de paix.  Mieux : en se faisant le héraut de la liberté des nations, il servit la grandeur de la France.

Longtemps on fit de François Mitterrand un moderne et de De Gaulle un homme du passé. Longtemps on accusa, à la suite de l’auteur du Coup d’État permanent, le Général d’être tenté par le pouvoir personnel, absolu et autoritaire tel Louis XIV ou Louis Napoléon Bonaparte, quand plus tard c’est lui, de Gaulle, qui démissionna en 1969 dès le premier désaveu populaire et que c’est l’autre, François Mitterrand, qui préféra « la cohabitation » à la démission en 1986, refusant ainsi la sanction populaire. Qui était le plus respectueux du peuple ?  Longtemps on fit mine d’oublier, sous le règne mitterrandien, que c’est le Général qui permit l’indépendance de l’Algérie en 1962, et que François Mitterrand, quelques années plus tôt, alors ministre de l’Intérieur sous la IVe République, répétait à l’envi : « L’Algérie, c’est la France ». Qui était le plus attaché à la liberté des nations ? Aujourd’hui, le temps a fait son œuvre de justice : de Gaulle apparaît pour ce qu’il fut, c’est-à-dire un démocrate et un humaniste. Toute la classe politique, à la suite des Français, le redécouvre. Á tel point que bien peu d’hommes – et de femmes ! –  politiques socialistes se réclament actuellement du « mitterrandisme » quand nombre d’entre eux, en quête d’une haute caution morale, n’hésitent plus à se référer à Charles de Gaulle. Aujourd’hui, c’est de Gaulle qui appartient au XXIe siècle et c’est Mitterrand qui est en passe d’être oublié. C’est dire si le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, principe d’indépendance et de démocratie, principe au cœur de la pensée du Général, redevient, après une éclipse de trente ans, notre contemporain.

Pour lire l’intégralité de cet excellent article, cliquez ICI – texte au format PDF)

1952 – 2005

Mai 2005 :  les Françaises et les Français ont infligé une défaite cinglante au pouvoir et à Jacques Chirac totalement investi, eu égard à sa fonction, dans l’approbation du projet de traité établissant une Constitution européenne.

Il n’est pas besoin de s’appesantir sur la pandémie « anti-démocratique » qui s’est propagée auprès de nos élites politiques engagées dans cette campagne référendaire (29 mai 2005) en faveur de l’Europe supranationale et ultralibérale ; rappelons néanmoins qu’elles ne tiennent pas compte, dans aucun domaine, de l’expression du peuple, sinon qu’à fomenter un sale coup pour l’après juin 2007.

Mais il est nécessaire, afin de montrer la persévérance des européistes favorables à une Europe fédérale de lire, ou de relire, avec attention, et en comparaison avec le traité rejeté l’année passée, celui instituant la Communauté européenne de Défense (C.E.D.) signé en 1952, par les 6 pays : Allemagne fédérale (Ouest), Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas, mais rejeté en 1954 par La France.

Ce texte que vous pouvez consulter (Format PDF –Cliquez ici)

  • institue une communauté européenne à structure supranationale primant sur les États-membres,
  • place les troupes européennes sous contrôle de l’OTAN,
  • donne une prépondérance aux intérêts communautaires sur ceux des États membres ;
  • octroie la personnalité juridique à la Communauté…

Troublantes similitudes, y compris dans les termes.

L’histoire fourmille d’exemples où, en application de ce traité, la France n’aurait pu mener sa politique. Pour exemple, concernant la guerre d’Algérie, la France n’aurait pu affecter des forces militaires qu’avec « l’accord du commandant suprême compétent relevant de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord »(Art. 13), c’est-à-dire des USA. Rappelons, qu’à cette époque, la position du pouvoir américain était très hostile à la position française, notamment après le retour « aux affaires » du général de Gaulle.

La force de frappe nucléaire française, c’est-à-dire le fondement de sa défense, et par conséquent de la politique d’indépendance nationale gaullienne n’aurait pu être mise en œuvre, tant les contraintes du traité sont importantes et le contrôle de l’OTAN asphyxiant (Art. 112 & 121).

Le paradoxe du texte.

A plusieurs reprises, le texte paraphé laisse penser que l’Europe future (Nous sommes en 1952) pourrait avoir une structure fédérale ou confédérale[1]. C’est une tromperie à partir du moment où la C.E.D. s’organisait dans une structure supranationale dès l’origine et sous tutelle de l’OTAN.

Il n’est donc pas surprenant que le général de Gaulle, entouré de ses fidèles, au premier rang desquels se trouvait Michel Debré, a mené un combat essentiel, et se soit opposé avec fermeté à ce traité OTANesque.

Pas surprenant non plus que les gaullistes de conviction se soient retrouvés, en 2005, dans ce combat victorieux contre la ratification du Traité établissant une Constitution Européenne (TCE).

Il y a plus qu’une similitude entre ces deux traités : un lien de parenté, une filiation supranationale incontestable qu’il faut, encore et toujours, combattre avec détermination.

 Alain KERHERVE


[1] Replongeons-nous dans le vaste débat de 2005. Les défenseurs du OUI laissaient entendre que le Traité relatif à la Constitution Européenne était le seul possible, et en conséquence, que le oui était une évidence. En fait, à défaut de plan B enfoui dans un fond de tiroir, il est évident que l’alternative au projet rejeté le 29 mai dernier est bien une conception confédérale de l’UE respectant les Nations.

Le(s) plan(s) Fouchet (1961-1962)

Contexte : entre juillet et septembre 1960, Charles de Gaulle s’entretient avec l’ensemble de nos partenaires européens de la question et des objectifs de l’organisation politique de l’Europe.

Cette initiative est à l’origine, en février 1961, de la création par les Six d’une commission d’études, présidée par le gaulliste Christian Fouchet (« commission Fouchet »), dont le rôle sera de présenter des propositions destinées à donner « un caractère statutaire à l’union de leurs peuples » (conférence de Bonn, 18 juillet 1961). En fait, seule la France présentera publiquement un projet structuré d’union politique.

Ce projet de Traité établissant une Union d’États, dit plan Fouchet, stipule dans son article 1er :

« Il est institué par le présent traité une Union d’États, ci-après désignée par le terme « l’Union ». L’Union est fondée sur le respect de la personnalité des peuples et des États membres : égalité des droits et des obligations. Elle est indissoluble. »

Article 1 du plan

Il existe cependant trois versions de ce projet ou plan Fouchet. Une première version du plan Fouchet est en effet rendue publique le 3 novembre 1961. Une deuxième version est ensuite officieusement transmise à nos partenaires européens le 13 janvier 1962. C’est toutefois une troisième version du plan Fouchet qui est rendue publique par la France le 18 janvier 1962. Or cette dernière version du plan Fouchet est en retrait par rapport aux deux versions précédentes, à la suite de modifications opérées par Charles de Gaulle le 17 janvier 1962.

a) Les institutions prévues par le plan Fouchet sont les suivantes : un Conseil des chefs d’État et de gouvernement et trois comités des ministres : Comité des ministres des Affaires étrangères, Comité des ministres de la Défense et Comité des ministres de l’Éducation nationale[1] ; une Assemblée parlementaire européenne consultative, institution commune avec la Communauté européenne ; une Commission politique, composée de hauts fonctionnaires appartenant à l’administration des Affaires étrangères des États membres, avec une présidence tournante parallèle à celle du Conseil des chefs d’État et de gouvernement. Il ne s’agit donc pas, contrairement à la Commission européenne, d’un secrétariat général permanent à caractère supranational. Une révision générale du traité est enfin prévue au bout de trois ans (article 16), avec notamment pour objectif l’établissement de politiques étrangère et de défense unifiées (et non plus seulement communes)[2] et une réorganisation des institutions (article 17). Le plan Fouchet est cependant rejeté, la rupture définitive entre la France et ses partenaires européens s’effectuant le 17 avril 1962 autour de trois points. :

la défense européenne et l’Otan,
au niveau des institutions : une Europe supranationale ou une Europe des États ?
l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE.

Le premier point est la référence à l’O.T.A.N., rejetée par la France. L’article 2 de la première version du plan Fouchet est ainsi rédigé :

« (…) parvenir, dans les questions qui présentent un intérêt commun pour les États membres, à l’adoption d’une politique étrangère commune ; assurer par une étroite coopération des États membres dans les domaines de la science et de la culture, l’épanouissement de leur patrimoine commun, la sauvegarde des valeurs qui donnent son prix à la civilisation, contribuer ainsi dans les États membres à la défense des Droits de l’Homme, des libertés fondamentales et des démocraties ; renforcer en coopération avec les autres nations libres la sécurité des États membres contre toute agression grâce à l’adoption d’une politique commune de défense. »

Or dans la deuxième version du plan Fouchet il est explicitement fait référence à l’O.T.A.N. : « … en coopération avec les autres nations libres qui contribueraient au renforcement de l’Alliance atlantique… ». Une référence à l’O.T.A.N. que Charles de Gaulle supprime dans la troisième version du Plan Fouchet.  

Le deuxième point de rupture entre la France et ses partenaires européens concerne la réorganisation des institutions. Pour quelle Europe ?

La première version du plan Fouchet prévoit en effet que la révision du traité de l’Union doit avoir pour objectif une centralisation des institutions de l’ensemble des communautés européennes existantes au sein de l’Union. Or la deuxième version du plan Fouchet ne parle plus de centralisation au sein de l’Union mais de coopération entre les institutions des communautés européennes et de l’Union. Dans la troisième version du plan Fouchet Charles de Gaulle opère en outre deux autres modifications. D’une part il ajoute aux buts de l’Union (politique étrangère, politique de défense, politique culturelle et scientifique) la politique économique, ce qui touche donc aux domaines d’action des communautés européennes préexistantes. D’autre part il supprime dans l’article 17, consacré à la réorganisation des institutions de l’Union, la phrase suivante : « dans le respect des structures prévues aux traités de Paris et de Rome instituant les communautés européennes ».
De Gaulle rejette toute impossibilité de modifier le contenu des traités antérieurs.

Charles de Gaulle espère en effet profiter de cette révision institutionnelle pour d’une part soumettre les communautaires européennes thématiques à l’Union européenne politique, et d’autre part réorienter une intégration européenne supranationale vers une construction européenne à caractère intergouvernemental :

« … les organismes supranationaux qui ont été constitués entre les Six et tendent inévitablement et abusivement à devenir des super-États irresponsables, seront réformés, subordonnés aux gouvernements et employés aux tâches normales de conseil et aux tâches techniques. »[3]

« Si nous parvenons à faire naître l’Europe de la coopération des États, les Communautés sont ipso facto mises à leur place. C’est seulement si nous ne parvenions pas à faire naître l’Europe politique que nous en viendrons à nous en prendre directement aux premiers fruits de l’intégration. »[4]

« … le Conseil des ministres a confirmé la volonté de la France de promouvoir entre elle-même, l’Allemagne, l’Italie, la Hollande, la Belgique et le Luxembourg, l’organisation des coopérations d’ensembles absorbant notamment les domaines particuliers où leur solidarité commence à s’instituer et visant une union effective des Six États dans l’ordre de la politique, l’économie, la culture et la défense. »[5]

Or les partenaires européens de la France exigent que soit respectée l’intangibilité des structures communautaires existantes[6]. Les partisans d’une Europe supranationale et les atlantistes (notamment les gouvernements de la Belgique et des Pays-Bas) ne peuvent en outre pas accepter une telle remise en cause du caractère supranational de l’intégration européenne[7]. Les propos de Paul Henri Spaak sont clairs : « L’Europe sera supranationale ou ne sera pas« .

Enfin, le troisième point de rupture entre la France et ses partenaires européen concerne la candidature de la Grande-Bretagne.

La Belgique et les Pays-Bas posent en effet comme préalable à toute union politique de l’Europe l’adhésion de la Grande-Bretagne à la Communauté économique européenne (C.E.E.). C’est le célèbre dilemme de Paul-Henri Spaak : « Si vous ne voulez pas l’intégration, alors il faut la Grande-Bretagne et si vous ne voulez pas de la Grande-Bretagne, alors il faut l’intégration. Il nous faut l’un ou l’autre. Nous ne pouvons pas nous trouver sans l’intégration, ni sans la Grande-Bretagne » [8].

Notes

[1]  La première version du plan Fouchet prévoit uniquement un Conseil se réunissant tous les quatre mois au niveau des chefs d’État ou de gouvernement, et dans la période intermédiaire au niveau des ministres des Affaires étrangères.
[2]  La première version du plan Fouchet ne prévoit qu’une politique étrangère unifiée ; dans la deuxième version est ajoutée une politique de défense unifiée, sujet fondamental pour Charles de Gaulle.
[3] Entretiens de Rambouillet avec Conrad Adenauer, 30 juillet 1960.
[4] Instructions données au Premier ministre Michel Debré. Lettres, Notes et Carnets 1958-1960, page 399. Ceci annonce la crise de la « chaise vide » de 1965-1966.
[5] Compte-rendu du Conseil des ministres, 17 janvier 1962.
[6]  Le 8 avril 1965 sera signé un traité instituant un Conseil et une Commission uniques pour les communautés européennes ; ce traité de « fusion des exécutifs » entre en vigueur le 1er juillet 1967.
[7]  Le Premier ministre belge, Paul-Henri Spaak, déclare notamment le 10 janvier 1962 que « l’Europe sera supranationale ou ne sera pas ».
[8] Il convient de souligner la contradiction entre la volonté simultanée de construire une Europe supranationale et d’élargir la Communauté économique européenne (C.E.E.) à la Grande-Bretagne (Cheval de Troie des USA dans la CEE), qui refuse alors, comme la France, toute intégration supranationale.

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