Sa jeunesse, puis la grande guerre

Charles, André, Joseph-Marie de Gaulle nait le 22 novembre 1890 à Lille. Il est le fils de Henri, Charles, Alexandre de Gaulle, professeur de lettres, et de son épouse, née Jeanne, Caroline, Marie Maillot. L’accouchement a eu lieu dans la demeure familiale de la rue Princesse.

Pour marraine, ses parents lui ont désigné sa tante Lucie Maillot. Son parrain n’est autre que son oncle Gustave de Corbie, éminent professeur à la faculté de Lille. C’est le père Isaïe Richard qui a baptisé Charles dans son église baroque, sur des fonts baptismaux de marbre surmontés d’un couvercle où vient perfidement s’enrouler un serpent.

En 1899, la famille de Gaulle s’installe rue de Staël. Charles découvre l’électricité et l’ascenseur. Il le prend seul et se fait gronder.

Le 16 mai 1901, Charles de Gaulle fait sa première communion à la chapelle de l’Immaculée Conception, rue de Vaugirard à Paris.

En  juillet 1906, lors de la distribution des prix au collège de l’Immaculée Conception, l’élève Charles de Gaulle est cité 10 fois. Il obtient 6 premiers prix, 1 deuxième prix et 3 accessits. A Paris, en octobre 1908, Charles de Gaulle entre au collège Stanislas dit « Stan », en classe préparatoire à Saint-Cyr.

La Chapelle-Montligeon, 1906

Voici à peine un an que Charles de Gaulle s’est mis à écrire pour son plaisir, et le voilà déjà publié sous le pseudonyme « Lagule« . Il n’a pas seize ans ! La lecture du premier de ses textes, long d’une vingtaine de pages, a été réservée à quelques-uns de ses camarades de classe. Il s’agit d’une nouvelle de politique-fiction où il s’imagine, en 1930, en général de l’armée française commandant une force de 200 000 hommes levée pour défendre la France envahie par l’Allemagne. Celui qui vient d’être édité est d’une autre nature. Écrite en alexandrins, cette petite pièce, intitulée « Une mauvaise rencontre« , met aux prises un bourgeois et un brigand. Elle a été jugée si plaisante par le jury d’un concours littéraire lillois que le lauréat a eu le choix entre 25 francs et la publication. C’est cette dernière qu’il a choisie !

Saint-Cyr

Reçu à Saint-cyr en août 1909, Charles de Gaulle doit faire d’abord, selon le nouveau règlement, un an de service militaire. A l’école, où il entre le 1er octobre 1910, il ne passe pas inaperçu. « Le grand Charles » a déjà sa légende ; on le croit fier ; on ne sait pas qu’il est timide. Il se montre à la fois laborieux, discret et distant, emporté bien que maître de soi. Le 1er octobre 1912, il sort de Saint-Cyr avec le grade de sous-lieutenant. Il entre au 33e régiment d’infanterie, à Arras, sous le commandement du colonel Pétain.

Quelle progression ! Entré 119e sur 121, Charles de Gaulle quitte ce soir Saint-Cyr au 13e rang avec le grade de sous-lieutenant. Le major est un certain Alphonse Juin. Le jugement de ses supérieurs est élogieux, plus que celui de ses camarades qui l’ont souvent raillé pour sa taille (1,87 m) et son allure hautaine. Quand les plus aimables le surnommaient « Asperge », les moins bien disposés le traitaient de «dindon» ou de «sot-en-hauteur»… Mais pour la hiérarchie, rien de tel. Sa conduite est «irréprochable », son attitude «très belle », son intelligence « très vive» et son zèle « très soutenu ». Quant à son esprit militaire, il est « très développé ». Bilan : il « fera un excellent officier ».
Seules faiblesses : l’équitation, où il ne dépasse pas la moyenne, et le tir, où il n’obtient que 8,6 sur 20… Son classement lui a déjà permis de choisir son arme : ce sera l’infanterie.

Arras, novembre 1912

Le sous-lieutenant de Gaulle est donc de retour à Arras. Durant son absence, le 33e RI a changé de commandement. C’est le colonel Pétain qui, il y a quelques jours, l’a reçu à la caserne : « Je vous souhaite la bienvenue dans l’armée. Vous êtes affecté à la 6e compagnie, celle du capitaine Salicetti. » Âgé de 56 ans, le regard clair, le colonel Pétain est auréolé d’un grand prestige. Le sous-lieutenant de Gaulle n’ignore pas qu’il y a quelques mois, à un émissaire du ministère des Armée qui lui demandait de lui fournir le nom de ses officiers qui allaient à la messe, le colonel avait répondu sans crainte :  » M’y tenant au premier rang, je n’ai pas l’habitude de me retourner…  » Pour l’heure, le sous-lieutenant de Gaulle s’affaire à recueillir les recrues. Objectif : leur inculquer « l’esprit d’offensive ».

La grande guerre 14-18

Quand survient la guerre, Charles de Gaulle, qui n’a pas vingt-quatre ans, est déjà lieutenant. Le 1er août 1914, il reçoit sa première blessure devant Dinan ; le 20 janvier 1915, il est cité à l’ordre de la 2e division. Nous le retrouvons, sitôt rétabli, sur le front de Champagne où le lieutenant-colonel Claudel, frappé de sa valeur, le choisit comme adjoint. Là, le 15 mars 1915, Charles de Gaulle, à peine guéri de ses blessures, est nommé capitaine à titre définitif. Le 33e occupe alors la « Ferme du Choléra » (cote 108), près de Berry-au-Bac, où sa bravoure devient légendaire. Le 30 octobre 1915, il obtient d’être appelé au commandement de la 10e compagnie. En février 1916, le 1er corps d’armée est envoyé à Verdun. Le lieutenant-colonel Boudhors écrit alors : « Le 33e a été splendide devant Douaumont, il ne le doit à son colonel qu’en raison de la clairvoyance du capitaine de la 10e compagnie. »

Le 2 mars 1916, la 10e compagnie est presque entièrement anéantie : après un bombardement meurtrier de Douaumont, les rares survivants sont faits prisonniers. Le capitaine de Gaulle se trouve lui-même dans la mêlée : il a la cuisse percée par un coup de baïonnette. Ramassé par une patrouille ennemie, il est conduit en captivité dans un camp d’Allemagne. La conduite héroïque du capitaine de Gaulle avait eu des témoins : le général Pétain lui décernait la citation suivante : « Le capitaine de Gaulle, commandant de compagnie, réputé pour sa haute valeur intellectuelle et morale, alors que son bataillon, subissant un effroyable bombardement, était décimé et que les ennemis atteignaient la compagnie de tous côtés, a enlevé ses hommes dans un assaut furieux et un corps-à-corps farouche, seule solution qu’il jugeait compatible avec son sentiment de l’honneur militaire. Est tombé dans la mêlée. Officier hors de pair à tous égards. »

Prisonnier, Charles de Gaulle n’est pas homme à demeurer dans l’oisiveté. Il lit, perfectionne son allemand, mais ne se console pas d’être éloigné du front. A cinq reprises, ses tentatives d’évasion lui valent la forteresse et le camp de représailles. Il parvient un jour à creuser sous terre un tunnel : le voici en pleine campagne ; sa taille le désigne, hélas ! à l’attention : il est repris par ses gardes et interné à Ingolstadt, en Bavière, dans la citadelle du Fort IX réservée aux irréductibles. Il a pour compagnons le commandant Catroux, Rémy Roure et le futur maréchal Toukhatchevsky. Au tableau noir, Charles de Gaulle parle de l’offensive de Champagne de 1915 et montre les difficultés d’une percée. Le jeune capitaine cherche le secret des offensives, l’emploi rationnel des chars blindés, dont il sera un jour le théoricien. Toukhatchevsky l’écoute. Quatre années plus tard, Charles de Gaulle se trouvera aux côtés de Weygand, devant Varsovie, en face de l’Armée Rouge sous les ordres du même Toukhatchevsky, général en chef de vingt-six ans.

Vient l’armistice : Le capitaine de Gaulle, libéré, rentre parmi les siens, en Dordogne. Pour peu de temps. En mai 1919, nous le retrouvons en Pologne : il a obtenu d’être affecté à la 5e division des chasseurs polonais, organisée en France, à Sillé-le-Guillaume. Au cours de la défense de Varsovie, en 1920, il est cité à l’ordre du jour par Weygand : c’est sa quatrième citation. En octobre 1921, il est rappelé en France afin d’y enseigner, à Saint-Cyr, en qualité d’adjoint, l’histoire militaire.