1946 : De Gaulle subit le régime des partis …et s’en va.

De Gaulle et le gouvernement provisoire

Le 21 octobre 1945, se déroulent dans une France qui vient de fêter la victoire, les élections législatives. Avec 26% des voix, le Parti Communiste Français obtient 159 députés. Il devient le premier parti de la nouvelle assemblée, devant le MRP (Mouvement Républicain Populaire) et les socialistes. Par la même occasion, 20 millions d’électeurs[1] ont également décidé (un référendum doublait cette élection législative), comme le souhaitait le général de Gaulle, que cette assemblée serait constituante. Le résultat montrait de façon éclatante le rejet de la IIIème république et le souhait de voir de nouvelles institutions.

Suite à ces élections, le Général est élu par l’Assemblée Président du Gouvernement Provisoire le 13 novembre[2] et le cabinet formé par lui le 21 novembre est tripartite. il s’est donc entouré de ministres communistes, MRP et socialistes. Malgré leur demande et au soulagement des autres partis qui craignent l’hégémonie du PCF, de Gaulle n’a confié aucun des trois ministères clefs aux communistes, à savoir les Affaires étrangères, la Défense et l’Intérieur. Les trois partis obtiennent chacun 5 portefeuilles sur les 21 que compte le cabinet.

Le 4 décembre, la commission de la Constitution instituée suite aux scrutins du 21 octobre tient sa première réunion. Parmi les priorités des constituants figure la volonté de réduire au minimum les pouvoirs du futur président de la République[3]. Les parlementaires ont en tête un système institutionnel où l’exécutif serait soumis au législatif. De Gaulle, dont le mandat à la tête du gouvernement vient d’être renouvelé, ne cache plus son agacement face à la réapparition du régime des partis et des combinaisons, qui avait fini par paralyser la IIIème République.

Les travaux actuels de la commission désignée par la Constituante ne laissent guère de doute sur l’orientation du futur régime. Plutôt que d’être paralysé par un parlementarisme dévoyé, le Général préfère battre en retraite.

Certains de ses proches sont dans le secret depuis le début du mois de janvier, mais pour la majorité des membres du cabinet, la surprise est totale.

Devant ses ministres réunis ce dimanche 20 janvier 1946, il explique qu’il serait « vain et même indigne, d’affecter de gouverner, dès lors que les partis ont recouvré leurs moyens et repris leurs jeux d’antan ». Il s’agit, dans son esprit, de bien choisir entre un gouvernement qui gouverne et une assemblée omnipotente, ne faisant que déléguer à un gouvernement pour accomplir ses volontés.

Dans ses mémoires de guerre (le salut), le Général explique : « J’entrai, serrai les mains et, sans que personne s’assît, prononçai ces quelques paroles : »Le régime des partis a reparu. Je le réprouve. Mais, à moins d’établir par la force une dictature dont je ne veux pas et qui, sans doute, tournerait mal, je n’ai pas les moyens d’empêcher cette expérience. Il me faut donc me retirer. Aujourd’hui même, j’adresserai au Président de l’Assemblée nationale une lettre lui faisant connaître la démission du Gouvernement. Je remercie bien sincèrement chacun de vous du concours qu’il m’a prêté et je vous prie de rester à vos postes pour assurer l’expédition des affaires jusqu’à vos successeurs soient désignés. »


1 – Sur 25 millions d’inscrits
2 – 555 voix sur … 555, et en proclamant que « Charles de Gaulle avait bien mérité de la patrie ».
3 – On notera la constante volonté du monde politique de contrecarrer la volonté du Général, à cette époque et bien plus tard (1958 et 1962), de donner à la France des institutions stables avec un Président légitime se plaçant, de par sa fonction, au-dessus des politiques partisanes.