Une œuvre révolutionnaire inachevée

La conception de la « participation » telle qu’elle est définie par le général de Gaulle doit être comprise comme une philosophie de vie en société au sein de la seule communauté ayant à ses yeux un sens : la Nation.

Comme nous avons pu l’aborder dans les chapitres précédents, il convient d’identifier trois thèmes fondamentaux de cette « troisième voie » :

  • La participation citoyenne qui permet à chacun de concourir à la vie de la cité prise dans sa conception la plus large. C’est l’utilisation, chaque fois qu’il s’agit d’un problème important, du référendum.
  • C’est aussi la décentralisation des responsabilités publiques et la coopération des acteurs sociaux et économiques au sein d’institutions démocratiques (Régions, Sénat, universités).
  • La participation dans l’entreprise, comprise comme une association consentie entre le capital et le travail.

La condition salariale et la lutte des classes

Sur ce dernier thème, la « troisième voie » rejette autant le libéralisme économique que le marxisme. Il s’agit pour le Général de gommer tout ce qui peut exacerber et alimenter la lutte des classes[1], laquelle ne fait qu’opposer entre eux des intérêts particuliers au détriment de l’intérêt général.

À peine les événements de mai 68 sont-ils terminés et dès la nomination de Maurice Couve de Murville en remplacement de Georges Pompidou « mis en réserve de la République », le général de Gaulle affirme, contre vent et marée, sa détermination à régler ce qu’il considère comme le dernier acte majeur de son septennat. Dans une note rédigée de sa main pour le Conseil des ministres du 30 juillet 68, il rappelle qu’ « il s’agit d’organiser sur trois plans différents mais conjugués, la participation des intéressés à la marche des activités qui les concernent ».

Les deux premiers points feront donc l’objet du référendum du 27 avril 69 évoqué par ailleurs.

Quant au troisième thème concernant la « participation des travailleurs à la vie de l’entreprise » la note du 30 juillet[2] qu’il transmet au Premier ministre est sans aucune ambiguïté :

« Dans les entreprises, écrit-il, organisation réglée par la loi et contrôlée par les pouvoirs publics de la participation régulière de l’ensemble du personnel à l’information, aux études et aux débats d’où procèdent les principales décisions : application de l’ordonnance de 1967 sur l’intéressement aux bénéfices ; début d’application de la loi du 12 juillet 1965 pour ce qui est de l’intéressement à l’accroissement des valeurs d’actif dû à l’autofinancement. »

Dans cette même note il rappelle ce qu’il juge indispensable pour parvenir à cette nouvelle organisation :

« A la base de la participation économique et sociale, mettre la règle suivant laquelle les élections des représentants des intéressés doivent se faire au suffrage universel et au scrutin secret, les candidatures étant librement présentées ».

Pour Louis Vallon, « De Gaulle accorde à la participation une importance au moins égale à celle qu’il avait accordée aux institutions, à la décolonisation, à l’indépendance nationale, à la monnaie »[3].

Il convient, pour appréhender totalement ce vaste projet du Général, de le traiter autour de trois idées essentielles :

La participation aux bénéfices en fonction des résultats de l’activité ;

La participation au capital de l’entreprise, donnant accès aux salariés à la copropriété de l’entreprise, et conduisant à terme à l’abolition de la lutte des classes qui sépare patronat et personnels ;

La participation aux responsabilités donnant ainsi le droit aux salariés organisés de donner leur avis sur la marche de l’entreprise.

Comme le proclamait le Général le 1er mai 1950 sur la pelouse de Bagatelle à Vincennes : « C’est l’association des hommes, de leurs intérêts, de leurs capacités que nous entendons bâtir. Ce sont des sociétaires, et non des adversaires, qui, selon nous, doivent assurer ensemble la marche des entreprises ».

Sur le fond, Charles de Gaulle propose de rénover le régime économique et social afin que les travailleurs trouvent un intérêt direct, moral et matériel aux activités des entreprises.

Il est un point qu’il est impératif de préciser. Le projet très progressiste, pour ne pas dire « révolutionnaire » du Général conserve intégralement le droit inaliénable à la propriété privée inscrit dans la déclaration des droits de l’homme.

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[1] Concept majeur de la philosophie politique marxiste. Pour Karl Marx et Friedrich Engels, qui ont assuré la diffusion internationale de cette notion, la lutte des classes est un moteur des transformations des sociétés et de l’histoire moderne. La classe dominante de la société capitaliste est identifiée à la bourgeoisie (ou classe capitaliste) ; elle domine ce qu’ils appellent le prolétariat.

[2] Voir en annexe (note du 30 juillet)

[3] « L’anti de Gaulle ».


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