De Gaulle et Pétain : deux destins face à l’histoire

«On s’occupe de moi ; j’ai quelqu’un de très haut placé qui ne m’abandonne pas. Je sais que le général de Gaulle, mon ancien élève, fait tout ce qu’il peut pour adoucir mon sort. »

Philippe Pétain

Ces paroles, Pétain les a prononcées devant l’aumônier du Portalet, sombre forteresse des Pyrénées où il fut détenu durant quelques semaines à l’automne 1945 après sa condamnation par la Haute Cour. Malgré la violence de l’antagonisme qui les avait opposés, le Maréchal avait des sentiments ambivalents à l’égard de l’homme du 18 Juin.

De son côté, Charles de Gaulle, tout en condamnant avec force l’armistice de 1940, s’est toujours efforcé d’être équitable à l’égard de son ancien supérieur, comme l’atteste ce jugement délivré en 1966 à l’occasion du 50e anniversaire de Verdun : « Si par malheur, en d’autres temps, dans l’extrême hiver de sa vie et au milieu d’événements excessifs, l’usure de l’âge mena le Maréchal Pétain à des défaillances condamnables, la gloire que vingt-cinq ans plus tôt il avait acquise à Verdun en conduisant les armées françaises à la victoire ne saurait être contestée ni méconnue par la patrie. »

A priori, tout semblait opposer Pétain et de Gaulle, dont la première rencontre remonte à 1912, quand le futur Maréchal commandait à Arras le 33e R.I. Entre eux il y aura toujours la différence qu’il peut y avoir entre un célibataire endurci, sans famille, et un homme qui a appris l’histoire de France parmi les siens. Issu d’un milieu rural modeste, Philippe Pétain, instinctivement, se rattache à la terre, seule réalité sensible pour lui. Par sa lignée, le futur fondateur de la Ve République a davantage le sens d’une continuité historique et donc d’une nécessaire diversité. Pourtant il est de fait qu’entre les deux hommes exista une forte sympathie cimentée d’abord par un même anticonformisme. Après la Grande Guerre, en plusieurs circonstances, de Gaulle trouva un appui appréciable auprès du Maréchal.

Les relations entre les deux hommes, jusque-là sans nuages, se dégradèrent à partir du moment où celui que ses camarades appelaient « le Connétable » en raison de son attitude altière, devint le « nègre » du Maréchal, candidat à l’Académie française. Pétain entendait être obéi. De Gaulle voulait rester libre et voir son travail reconnu.

Dès lors, une épreuve de force était inéluctable. Elle survint par étapes, cette querelle d’hommes de lettres aggravant encore les rapports entre les deux protagonistes engagés à partir de juin 1940 dans une confrontation sans merci.

1934 : la droite et la gauche traitent de Gaulle par la dérision.

Au moment où est publié « Vers l’armée de métier », Charles de Gaulle parcourt les rédactions des journaux, rend visite aux parlementaires. Manifestement, son comportement n’est plus celui d’un militaire, car opposé à la doctrine officielle qui prévaut alors dans le domaine militaire.

Un homme répond à sa sollicitation. Paul Raynaud tente de réagir à l’Assemblée nationale, mais ni Léon Blum[1], alors Président du conseil, ni le Général Maurin[2], Ministre de la guerre, ne saisissent l’occasion. Léon Blum reste enfermé dans sa doctrine de gauche[3], quant au général Maurin, il est incapable d’imaginer une stratégie différente de celle découlant de la ligne de défense (ligne Maginot). De Gaulle échoue dans son effort de persuasion. De l’Humanité à l’Action française, on traite de Gaulle par la dérision. Il n’avait pour lui ni la gauche, ni la droite. Faiblesse avant 1940, force par la suite.

[1] Léon Blum reçoit une nouvelle fois le Lieutenant-Colonel de Gaulle le 14 octobre 1936 pour lui réitérer ce qu’il a déjà écrit dans le Populaire le 16/12/34 afin de condamner l’armée de métier en raison même de son efficacité présumée : « On ne voit pas comment serait réservé le temps pour le jeu des instances internationales et pour la détermination de l’agression… »

[2] Ministre de la guerre en 1935. A l’issue d’une séance du Conseil supérieur de la guerre, le général Maurin apostrophe de Gaulle : « Adieu, de Gaulle ! Là où je suis, vous n’avez plus votre place ! ».

[3] Après la guerre, Léon Blum reconnaît : « Je dois faire l’aveu que j’avais pris parti contre le lieutenant-colonel de Gaulle. Je dois faire l’aveu d’une seconde erreur. L’armée telle que l’avait conçue le colonel, ces divisions rapides, irrésistibles, toujours prêtes à se frayer une voie au-delà des frontières comme une escadre de cuirassés à prendre la mer, constituaient l’instrument efficace de la sécurité collective ».

Charles de Gaulle, dans ses « mémoires de guerre juge Léon Blum : « Léon Blum était plus attaché que jamais au socialisme. Mais au cours de ses épreuves, des scrupules lui étaient venus quant aux idées professées et à la politique menée, naguère, par son parti. Il les avait réexaminées à la lueur de cette clarté que la lucarne d’un cachot dispense à une âme élevée.« 

Charles de Gaulle à l’école de guerre

Il y a 60 ans, Charles De Gaulle : Premier Président de la Vème République

 


De la 4e à la 5e République


12 mai 1958.Formation du gouvernement de Pierre Pflimlin.

13 mai.Soulèvement à Alger, occupation du Gouvernement général et création d’un Comité de salut public local.

28 mai. Les présidents des Assemblées et les chefs des partis, sauf les communistes, demandent un entretien au Général de Gaulle. Pierre Pflimlin donne sa démission.

1er juinAppelé par René Coty, Président de la République, et par l’opinion dans sa quasi-totalité, Charles de Gaulle est investi président du Conseil par 329 voix sur 553 votants à l’Assemblée nationale qui le charge d’uneréforme constitutionnelle soumise à référendumavant la fin de l’année.


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